| Dans son Histoire de Sint Maarten et Saint Martin Dr. J. Hartog mentionna
Alfred Leonard Conner, un des premiers Saint-Martinois qui fit des travaux
de recherche dans le passé de l'île, et son fils, Hyacinth
Conner, principal de l'école Oranjeschool à Grand' Baie, qui
en 1950 entreprirent des fouilles et découvrirent le premier site
amérindien à Paradise Hill où le puits Moho produit
de l'eau douce, à Mont William et à Billy Folly, tout près
de Sentry Hill où on trouve également de l'eau fraîche.
En 1957-1958, un couple américain, John et Dorothy Keur, tous
deux professeurs de biologie et d'anthropologie respectivement, ont passé
9 mois dans les Iles au Vent hollandaises et découvrit un 4ème
site à l'Etang Rouge dans les Terres Basses en partie française.
En 1961 un autre couple américain, Ripley et Adelaïde Bullen
qui avaient effectué des fouilles à St. Thomas, St. John
et à la Grenade ont découvert un 5ème site à
la baie de Cupecoy, qui a été depuis détruit par
des activités de construction. Entre la Baie aux Prunes et Baie
Longue en partie française, ils ont trouvé les traces d'un
ancien site, le 6ème. Quatre des six sites sont situées
tout près du Lagon de Simpsonbay et dans les Terres Basses. Les
artefacts recueillis par les Bullens datent de 800 à 1300 avant
J.-C.
Les objets trouvés dnas les fouilles de 1988 menées à
Hope Estate par l'archéologue Dr. Jay Haviser de l'Institut d'Archéologie
et d'Anthropologie des Antilles Néerlandaises et par Henri Petit-Jean
Roget du Département des Fouilles et Antiquités de la Guadeloupe,
assistés par les archéologues de la Martinique, et les artefacts
recueillis sur ce site, considéré comme le plus important
site amérindien sur l'île à ce jour, ainsi que ceux
recueillis au cours de plus vastes fouilles effectuées en 1993
et 1994 ont révélé que les premiers habitants de
l'île appartenaient au groupe Arawak. Deux groupes ont vécu
sur le site de Hope Estate de 200 à 300 ans avant J.-C. et de 300
à 500 ans après J.-C.
Le premier groupe a été identifié comme étant
le peuple Huecoïd, reconnu par leur céramique qui consistait
surtout de poterie non peinte décorée par des incisions
contre-hachées et des lignes courbes. Le peuple Huecoïd n'était
pas adapté à la mer. C'était des terriens et ils
vivaient d'agriculture. Leur nourriture consistait en crabes de terre,
burgaux, rongeurs et oiseaux. Le second groupe a été identifié
comme étant le peuple Salaloïd. Leur céramique peinte
en blanc et rouge était plus raffinée que celle du peuple
Huecoïd, avec des manches en forme de tête. Ils ont sans doute
émigré de l'Amérique du Sud dans la région
qui est maintenant le Vénézuéla. C'était un
peuple paisible.
Hope Estate est situé sur les hauteurs à l'ouest de Hope
Hill et au nord-est du Mont Caréta et n'est pas visible de la mer.
C'était donc un site très protégé. Tout près,
une des plus constantes sources d'eau douce coule dans la Ravine Caréta.
Daniella JEFFRY
http://www.st-martin.org/reservations/index.php?langue=en
Géologie de Saint Martin
Les études géologiques modernes ont démontré
que les continents étaient des plaques séparées dérivant
les unes par rapport aux autres. L'éloignement de deux plaques
provoque des fractures dans la croûte terrestre et l'apparition
de nouveaux océans. La rencontre de deux plaques, au contraire,
donne naissance à des reliefs dus à la fois au plissement
des couches de roches rentrant en contact et à l'apparition de
volcans.L'Océan Atlantique a commencé a s'ouvrir il y a
plus de 200 millions d'années et l'Europe et l'Afrique s'éloignent
des Amériques de plusieurs centimètres par an. Ce mouvement
peut être comparé à celui d'un tapis roulant où
la croûte terrestre solide serait le tapis glissant sur la lave
en fusion. La plaque Atlantique en arrivant au niveau des Antilles butte
et plonge sous la micro-plaque Caraïbe; on parle alors de zone de
subduction.
Tout le long de cette frontière de plaques, les roches solides
du fond de l'Océan s'enfoncent en profondeur, se liquéfient
et se transforment en laves. A la faveur de fractures de l'écorce
terrestre appelées failles, ces laves remontent en surface et donnent
naissance à des volcans. C'est pourquoi les îles de l'Arc
Antillais forment un archipel de terres émergées, matérialisant
la jonction de deux plaques tectoniques.Ainsi est apparue l'île
de Saint-Martin il y a environ 37 millions d'années. Les laves
qui remontaient en surface se sont consolidées rapidement en se
refroidissant et ont donné des roches volcaniques massives comme
les basaltes, les andésites et les dacites. Ces roches contiennent
des minéraux de petite taille, parfois invisibles à l'oeil
nu.
La chambre magmatique où se formaient les laves en profondeur
est, elle aussi remontée en surface à la faveur de failles,
mais beaucoup plus lentement, provoquant un refroidissement plus lent
en laissant le temps nécessaire à la formation des cristaux.
Ces roches cristallines remontées en surface sont appelées
diorites quartziques. Elles sont fréquentes dans la région
de Grand-Case et de Cul-de-Sac et se présentent sous forme de grands
blocs érodés en boule.
Les massifs de diorite quartzique ont provoqué le soulèvement
et le plissement de roches qui s'étaient déposées
au fond des océans. La pression des roches les unes sur les autres
et le long des failles a provoqué l'apparition de nouveaux minéraux
et de roches métamorphiques. Ces roches qui au départ se
trouvaient à 4000 mètres au fond des océans se sont
retrouvées hors de l'eau. Elles sont constituées de débris
d'organismes planctoniques dont les squelettes se sont accumulés
pendant des millions d'années et se sont consolidés. On
les appelle des cherts, des radiolarites ou des marno-calcaires et on
les reconnaît facilement à leur aspect anguleux, sous forme
de plaques empilées.L'apparition de l'île de Saint-Martin
a permis le développement des récifs qui attendaient une
diminution de la profondeur des océans et un substrat dur pour
commencer à construire d'immenses plateaux calcaires sous-marins.
A la faveur de failles ou de baisses du niveau des mers, ces plateaux
récifaux se sont retrouvés à leur tour hors d'eau,
donnant naissance aux plateaux des Terres-Basses, d'Anguille et de Tintamarre
où l'on trouve parfois des fossiles d'organismes marins.
Ces roches sont à l'origine des falaises calcaires découpées
de Cupecoy ou de la Falaise aux oiseaux. Les pluies tropicales les ont
parfois dissoutes, faisant apparaître des grottes, qui furent exploitées
au siècle dernier pour leurs phosphates, constitués par
les excréments des oiseaux et des chauves-souris.
Depuis quelques centaines de milliers d'années, l'action de la
houle, de la marée et des vents ont provoqué l'érosion
des récifs sous-marins actuels, libérant des milliards de
particules calcaires qui constituent les sables de nos plages. La dérive
littorale a érigé des flèches de sable en joignant
des massifs de roches consolidées, et en isolant à l'arrière
des plages, des étangs et des lagunes qui reçoivent les
argiles qui ruissellent des flancs des montagnes par temps de pluie.
Ainsi, Saint-Martin, comme la plupart des îles de l'Arc Antillais
présente une multitude de roches et de minéraux d'origines
différentes, métamorphiques, volcaniques ou sédimentaires
qui furent exploitées à différentes époques
par les habitants de l'île.
C. HENOCQ
Christophe Colomb et St. Martin
Christophe Colomb n'a pas foulé le sol de St. Martin. Lors de son
second voyage qui commença le 25 septembre 1493, Christophe Colomb
traversa l'Océan Atlantique en 21 jours avec une flotte de 17 navires,
transportant vers le Nouveau Monde environ 1000 colons, tous des hommes.
La flotte arriva aux Indes Occidentales le 3 novembre 1493 sur une île
que Colomb nomma Mariagalante, située au large de la côte
sud de la Guadeloupe, d'où Colomb remonta vers le nord en direction
de Porto Rico et d'Hispaniola.
Selon le docteur de Colomb, Diego Alvarez Chanca, qui avait écrit
le journal de bord du voyage, il apparaît que le 11 novembre 1493,
la flotte jeta l'ancre à Redonda, une petite île située
au sud de Nevis. Le lendemain matin, mardi 12 novembre 1493, Colomb passa
devant une île qu'il nomma San Martin. C'était Nevis, selon
la Carte du Monde de 1500, dressé par un des compagnons de voyage
de Colomb, Juan de la Cosa, qui avait recueilli au cours du voyage les
informations pour dresser cette première carte de l'Hémisphère
Occidental.
Le mercredi 13 novembre 1493, Colomb aperçut une autre île
qu'il nomma Gorda. C'était St. Christophe ou St. Christophe. Une
fois passé St. Christophe, Colomb a dû apercevoir St. Eustache
qu'il nomma Santa Maria de la Nieve, un nom qui fut passé à
Nevis. Saba fut nommé San Christobal, un nom qui fut passé
à St. Christophe.
Nous savons maintenant que Colomb a probablement vu cette île, mais
elle n'était pas très distincte. Le récit du voyage
de son médecin n'en fit aucune mention et Juan de la Cosa n'a pas
dessiné d'île à cet emplacement sur sa première
Carte du Monde de 1500.
L'île apparaît pour la première fois sur une carte
qui datait de 1516, ladite carte Reinel, sous le nom de SamMtim. Les Reinel,
le père Pedro Reinel et son fils Jorge Reinel travaillaient en
Espagne et étaient des fabricants de cartes et de globe confirmés.
La carte en question mentionna Sam Mtim est considérée comme
étant l'une des meilleures cartes de la région caraïbe.
On la connaît sous le nom de Carte Atlantique.
Les Espagnols qui étaient les premiers Européens à
revendiquer la propriété de cette île, la nomma San
Martin. Par un concours de circonstances, après que l'Espagne eût
abandonné l'île en 1648, elle fut partagée entre les
Hollandais et les Français, et ce partage fut scellé dans
un Traité en date du 23 mars 1648.
Probablement c'est à partir de cette époque que l'île
fut associée au saint patron Saint-Martin de Tours. La première
église catholique de l'île, située au Quartier d'Orléans
dès la fin du 17e siècle, fut dédiée à
Saint-Martin. Plus tard, l'église catholique à Grand' Baie
fut également dédiée à Saint-Martin de Tours.
Saint-Martin de Tours a vécu au 4ème siècle et fut
évêque de la ville de Tours en France. Il devint célèbre
lorsqu'il partagea son manteau avec un mendiant qui était à
peine vêtu. Sur ce, le Christ lui est apparu vêtu de ce morceau
de manteau.
C'est en 1936 que la partie hollandaise a officiellement adopté
la graphie néerlandaise Sint Maarten.
Daniella JEFFRY
Le Traité de Concordia de 1648
Des siècles plus tard, en 1624 les Hollandais en quête de
sel après la fermeture de Araya au Brésil ont visité
les Indes Occidentales. En 1627, la Compagnie des Indes Occidentales envoya
deux navires pour inspecter les salines à Saint-Martin. En 1629,
14 Français, chassés de St. Christophe, ont débarqué
dans la région que nous appelons maintenant Quartier d'Orléans.
De 1631 à 1633, un groupe de Hollandais accompagnés de 40
Africains ont ramassé du sel dans la Grande Saline à Grand'
Baie jusqu'à ce qu'ils furent chassés par les Espagnols.
Ces derniers ont construit un fort à Little Bay et ignoraient encore
que l'île était occupée au nord-est par une petite
colonie de Français. De 1638 à 1648, les Espagnols ont repris
le contrôle de l'île, période pendant laquelle un mulâtre
du nom de Sébastiano vivait dans une cabane à l'extérieur
du camp militaire espagnol à Fort Amsterdam.
On rapporte que les Espagnols sont venus de Porto Rico avec des ouvriers
de la colonie portoricaine pour détruire le totalité du
fort à Saint-Martin, qu'il n'avait plus les moyens de maintenir.
Parmi ces ouvriers de Porto Rico, se trouvaient Fichot et deux autres
Français qui ont décidé de s'enfuir dans les bois
et d'attendre là le départ des Espagnols. Entre-temps, ils
ont rencontré un mulâtre, probablement Sébastiano,
qui les a rejoints. Arrivés sur le rivage, ils ont trouvé
cinq Hollandais qui s'étaient également enfuis. Ils ont
parlé et ont convenus d'informer leurs plus proches gouverneurs
que les Espagnols avaient abandonné l'île.
St. Eustache était l'île la plus proche, ainsi les cinq
Hollandais proposèrent de se rendre à St. Eustache pour
informer leur gouverneur et ils ont promis aux Français d'aller
à St. Christophe le lendemain pour en informer le Général
de Poincy. Les trois Français restèrent sur l'île
pour la garder jusqu'au retour des Hollandais. Immédiatement, Abraham
Andrieensen, le Gouverneur de St. Eustache chargea le Capitaine Major
Martin Thomas de prendre possession de l'île en qualité de
Gouverneur de Saint-Martin le 14 février 1648.
Comme Fichot ne reçut aucune nouvelle du Gouverneur de Poincy
de St. Christophe, il comprit que les messagers hollandais n'avaient pas
notifié le gouverneur français. Ainsi, il saisit la première
occasion de le faire puisqu'il estimait que les Français avaient
autant que les Hollandais le droit de revendiquer la propriété
de l'île. Dès que le Gouverneur de Poincy reçut la
nouvelle, il expédia De la Tour avec 30 hommes, mais les Hollandais
sur l'île ne permirent pas à un seul homme de débarquer,
prétendant qu'ils avaient été chargés par
leur gouverneur à St. Eustache d'occuper l'île puisque, selon
eux et passant sur le fait que Sébastiano vivait sur l'île,
elle n'était pas habitée et que le premier venu en était
le propriétaire.
De la Tour retourna à St. Christophe avec la copie de la mission
qui stipulait que les Hollandais étaient les maîtres de l'île.
De Poincy alors renforça ses hommes et renvoya 300 soldats pour
se battre avec les Hollandais et s'installer. Il remit à De Lonvilliers
une ordonnance en date du 16 mars 1648.
Le 17 mars 1648, Robert de Lonvilliers jeta l'ancre au large du rivage
de Grand' Baie, donna l'ordre à un de ses officiers de se rendre
auprès du gouverneur hollandais pour l'informer de leur ordonnance
d'occuper l'île. Les Hollandais étaient avertis de l'accepter
à l'amiable, sinon l'île serait prise de force. Le Gouverneur
Martin Thomas devait les permettre de débarquer.
Quelques jours plus tard, le 23 mars 1648, les officiers des deux nations
se sont rassemblés sur une colline qu'on appela les Hauts de Poincy
ou le Mont Concorde, et convinrent un accord que l'on connaît sous
le nom de Traité de Partage.
En 1756 et 1764 la ligne de démarcation prenait une certaine forme
et en 1772 Jan de Windt, Jr., Commandant de St. Eustache, reçut
une lettre des administrateurs de la Compagnie des Indes Occidentales
des Pays-Bas lui demandant de marquer clairement les limites de la frontière
à Saint-Martin. Un mur de pierres sèches fut construit par
les ouvriers noirs pour marquer la frontière entre les deux parties
de l'île. Ce mur existe jusqu'à ce jour.
Quoiqu'à certaines époques les deux nations européennes
ont violé ce traité en plusieurs occasions entre 1672 et
1801 au cours des nombreuses périodes d'instabilité, les
habitants de cette île ont su tisser entre eux des liens culturels
et historiques. Par conséquent, ces habitants constituent le ciment
qui a fait de Saint-Martin ce que c'est aujourd'hui: deux nations mais
un peuple, une culture, une langue, une histoire.
Texte du Traité
Aujourd'hui 23 mars 1648 sont tombés d'accord MM. Robert de Lonvilliers
écuyer, seigneur, gouverneur de l'île de Saint-Martin pour
Sa Majesté très chrétienne, et Martin Thomas, gouverneur
aussi de cette île, pour MM le Prince d'Orange et des Etats de Hollande,
et MM. Henry de Lonvilliers, écuyer, seigneur de Bennevent, et
Savinien de Courpon, écuyer, seigneur de la Tour, lieutenant colonel
dans l'île et MM David Coppin, lieutenant d'une compagnie hollandaise,
et Pitre van Zeun-Hus, lieutenant aussi d'une compagnie qui, de part et
d'autre s'accordent par ces présentes:
1. Que les Français demeureront dans le quartier où ils
habitent à présent, et habiteront tout le côté
qui regarde l'Anguille.
2. Que les Hollandais auront le quartier du fort et les terres qui l'entourent
côté sud.
3. Que les Français et les Hollandais qui habitent cette île
vivront comme des amis et des alliés, sans qu'aucun de part et
d'autre ne se moleste, à moins de contrevenir au présent
concordat; par conséquent il sera punissable des lois de la guerre.
4. Que si quelqu'un, soit Français, soit Hollandais, commet un
délit ou une infraction des conventions, ou refuse d'obéir
à ses supérieurs, ou se retirait dans l'autre nation, les
accordeurs s'obligent à le faire arrêter dans leur quartier
et à le représenter à la première demande
de son gouverneur.
5. Que la chasse, lapêche, les salines, les rivières, étangs,
eaux douces, bois de teinture, mines, ou des minéraux, ports et
rades, et autres commodités de l'île seront communes, pour
subvenir aux besoins des habitants.
6. Il est permis aux Français, qui à présent vivent
avec les Hollandais, de se ranger et de se mettre avec les Français,
s'ils le désirent, à emporter leurs meubles, vivres, moyens
et autres ustensiles, à la condition de payer leurs dettes, ou
de donner une suffisante caution. Les Hollandais pourront en faire de
même aux mêmes conditions.
7. Si des ennemis viennent attaquer l'un ou l'autre quartier, messieurs
les accordeurs s'obligent à s'entraider et à prêter
leur secours l'un à l'autre.
8. Que les frontières et le partage de l'île, qui doivent
être faits entre les deux nations, seront remis devant monseigneur
le général des Français, et monsieur le gouverneur
de Saint-Eustache, et les députés qui seront envoyés
pour visiter les lieux. Après leur rapport il conviendra de diviser
leurs quartiers et de procéder comme il sera dit.
9. Que les revendications de part et d'autre seront remises devant le
roi de France et les seigneurs de son conseil et Messieurs le Prince d'Orange
et des Etats de Hollande. Pendant ce temps les accordeurs ne pourront
fortifier ni d'une part ni de l'autre, à moins de contrevenir au
concordat, et de supporter tous les frais, dommages et intérêts
de l'autre partie.
Fait et passé les an et jour précités au mont surnommé
des accords dans cette île: messieurs les accordeurs ont signé
les présentes lettres où assistait M. Bernard de la Fond,
écuyer, M. de l'Espérance, lieutenant d'une compagnie française
à Saint-Christophe. Ainsi signé, de Lonvilliers, Martin
Thomas, Henry de Lonvilliers, de Courpon, David Coppin, de l'Espérance
et Piter van Zeun-Hus.
Confusion à propos de la ratification
Le Traité de Partage de 1648 fut bien ratifié par les représentants
locaux du Roi de France et du Prince d'Orange.
En 1835, cependant, un système de concessions fut introduit pour
la Grande Saline à Grand' Baie et les Français ont estimé
qu'il violait l'article 5 du Traité de 1648. Ils ont alors proposé
une nouvelle convention en 1839, par laquelle l'usage commun des salines
était maintenu. Les Pays-bas l'ont ratifié, mais pas la
France. C'est cette Convention de 1839 qui n'a pas été ratifiée
par les deux parties, ainsi elle est frappée de nullité,
et non pas le Traité de Partage de 1648.
L'essence et l'esprit du Traité de 1648 demeurent et demeureront.
Daniella JEFFRY
Intérêts économique - le Sel et l'Agriculture
L'île de Saint-Martin fut directement liée au sel. Les premiers
habitants, Amérindians ou Smarindiens, l'ont appelé Soualouiga,
la 'Terre de Sel' ou 'Oualichi', la Terre des Femmes. Les Hollandais étaient
essentiellement attirés par l'île de sel à cause de
leur besoin en sel pour leur industrie du hareng. Le sel était
également utilisé dans l'industrie du beurre et du fromage
en Hollande et pour saler les vivres en vue de leur utilisation lors des
longues traversées en mer. Au cours des 17ème et 18ème
siècles, leur intérêt principal à Saint-Martin
résidait dans le sel et le commerce, ainsi que le coton et le sucre,
surtout.
L'île contenait 3 grandes salines capables de produire 400 chargements
de navire de sel par an. Le plus grand marais salant fut situé
dans la Grande Saline. Mais l'île n'avait pas d'eau douce et ce
n'était pas un lieu idéal pour une colonie permanente. L'eau
potable provenait de St. Christophe.
Les premières colonies hollandaises s'établirent à
Grand' Baie pour ramasser du sel pendant deux ans de 1631 à 1633.
Le sel était très demandé en Hollande, et en 1631
plus de 90 navires y chargèrent du sel. En 1632, on en comptait
100 et il y avait encore assez de sel pour 300 navires par an. Lorsque
les colons français ont remarqué la présence des
Hollandais, ils ont expédié leur production de tabac et
de sel par Grand' Baie.
L'exploitation du sel et le développement de l'agriculture dépendaient
exclusivement des besoins des pays coloniaux européens.
1629-1648 : L'Ere du Tabac
L'agriculture a commencé dès 1629 lorsque 14 Français
fuyant St. Christophe se sont installés sur la côte nord-est
de l'île dans la région connue sous le nom de Quartier d'Orléans.
Ils se sont mis à y cultiver du tabac, et ils ont également
ramassé du sel dans la région où se trouve Grand-Case
maintenant, alors que les Espagnols ignoraient leur présence sur
l'île. On pense que les premiers colons français n'ont jamais
quitté l'île. Le tabac se cultivait sur les deux parties
de l'île et on rapporte que St. Martin en produisait plus que toute
autre île des environs. Le tabac fut exporté aux Pays-Bas,
dans les pays baltiques et la Scandinavie. En 1658, la population de l'île
comptait seulement 300 personnes dans cette zone.
1648-1786 : L'Ere du Coton
Un autre produit de courte durée fut la culture d'un arbuste réputé
pour sa teinture bleue appelée indigo. On trouvait 22 jardins d'indigo
sur la partie française. Aucune production d'indigo n'a été
relevée en partie hollandaise. Cette teinture était très
demandée en Europe par l'industrie du vêtement militaire
et de la Marine. En 1697, il restait encore 20 jardins d'indigo.
Les premiers colons ont planté toutes sortes de produits alimentaires,
ont élevé des volailles et du bétail qui étaient
vendus à St. Christophe. Ils vivaient des produits de leur jardin
et de la pêche.
Le coton a commencé à être cultivé au cours
de cette période, et à partir de 1700 il est devenu le produit
le plus important jusqu'à ce qu'il fût supplanté par
la canne à sucre dans les années 1780, mais il ne disparaît
pas. Le coton fut cultivé à Marigot, Colombier, Quartier
d'Orléans, Cul de Sac hollandais et les Plaines.
Un rapport officiel de la partie française donne l'information
suivante:
En 1772, il y avait 11 sucreries (7 à Marigot et 4 au Colombier).
En 1775 il y avait 17 sucreries. La plus grande plantation qui appartenait
à Jacob Gumbs à Marigot avait 31 esclaves. A la fois, sur
les grandes et petites plantations on cultivait surtout du coton et des
vivres, tels que cassave, patate douce, malanga, igname, pois de bois,
et banane.
A Grand-Case il y avait 1 plantation de canne à sucre en 1772
et 2 en 1775. En 1772, il y avait un total de 31 plantations à
Grand-Case, 27 à Marigot, 27 au Colombier et 24 au Quartier d'Orléans.
Cependant, il n'y avait pas de plantation de canne à sucre au Quartier
d'Orléans.
En partie hollandaise, il y avait 90 à 95 plantations de coton
et de vivres et seulement 35 à 40 petites plantations de canne
à sucre.
1786-1848 : L'Ere du Sucre
L'introduction de la canne à sucre eut lieu dès 1763, et
jusqu'à 1769, on trouvait seulement 2 sucreries en partie française.
En 1784, un rapport officiel comptait 23 sucreries et en 1786 la canne
à sucre est devenue la ressource principale en partie française.
Désormais, le nombre de noirs qui furent importés comme
esclaves augmenta considérablement. En 1786, on comptait 24 sucreries
et 2572 noirs, tandis que le nombre de blancs diminuait à 431.
Dix ans plus tôt, en 1776, il n'y avait que 772 noirs en partie
française. En partie hollandaise, à la même période
- 1775 – on comptait 3500 noirs et 650 blancs. Les noirs étaient
en plus grand nombre en raison du ramassage du sel qui avait toujours
été l'activité la plus importante en partie hollandaise.
Par conséquent, à partir des années 1770, St. Martin
devint une île à prédominance noire.
La plupart des sucreries étaient situées en partie française.
En 1786, 900 hectares furent plantés en canne à sucre et
représentaient 65.8% des terres cultivées, 260 ha furent
plantés en vivres et 180 hectares en coton. Il y avait 35 sucreries.
En 1818, il restait encore 32 sucreries et 1000 hectares furent plantés
en canne à sucre représentant 80.9% des terres cultivées,
566 hectares furent plantés en vivres et 32 hectares en coton.
Le Commandant John Philips qui était au pouvoir de 1735 à
1746 – dont Philipsburg porte le nom – a nommé William
Zagers en charge des plantations de canne à sucre, ainsi les activité
de plantation se sont considérablement développées
en partie hollandaise. Zagers possédait sa propre plantation appelée
Industrie au Cul de Sac hollandais où se trouvaient la plupart
des plantations. Les autres furent situées à Upper et Lower
Prince's Quarter, Cole Bay et Little Bay. En 1789, la partie hollandaise
comptait 92 plantations, dont 35 avait le sucre comme production principale.
A partir de 1800 en raison de l'instabilité politique, le nombre
de sucreries a diminué, et en 1848 il ne restait que 23 sucreries
en partie hollandaise. En 1829 la partie française produisit 1
100 000 kg de sucre et la partie hollandaise produisit 165 000 kg de sucre.
Le sucre fut exporté surtout en Amérique du Nord, dans
les colonies françaises et en France, et le rhum fut exporté
en Guadeloupe. De 1775 à 1850, pendant environ 75 ans, St. Martin
était une vrai île à sucre et la partie française
surpassait de loin la partie hollandaise. La plupart des plantations de
canne à sucre furent situées à Marigot et au Colombier.
Les plantations de coton furent situées dans les zones sèches
(Grand-Case, Quartier d'Orléans) et les plantations de vivres furent
éparpillées sur les pentes des collines et on les appelait
"les hauteurs".
En 1847, la partie française comptait 32 plantations dont 19 plantations
à Marigot, au Colombier, à Mont Vernon et à Orléans
exportaient du sucre; 14 plantations exportaient du rhum; 13 plantations
exportaient de la mélasse ou "sirop batterie"; et 19
plantations exportaient du coton. Un rapport officiel de 1847 indiquait
que ces produits furent exportés en Guadeloupe, ainsi que 1227
vaches, 180 chevaux, 80 ânes, 42 mules, 2200 moutons, 1029 cabris
et 685 porcs.
Le même rapport indiquait que d'autres produits, tels que la dictame,
le beurre frais, l'écorce du gommier et du 'mauby', les nattes
faites de feuilles de banane séchées, et du maïs constituaient
les ressources principales d'ou les noirs tiraient leurs revenus. Ils
vendaient ces produits ou les échangeaient contre d'autres produits
dont ils avaient besoin. Ils vendaient la dictame en partie hollandaise
où elle était fabriquée en petites quantités,
mais les autres produits se vendaient localement avec une petite marge
bénéficiaire puisque les noirs de la partie hollandaise
avaient les mêmes produits. La dictame fut également exportée
à St. Thomas et en Guadeloupe où elle était plus
chère que le produit local.
La dernière sucrerie cessa ses activités en 1895.
Daniella JEFFRY
Les habitants de St Martin
1493-1648 : La période espagnole
Il n'y a pas eu de peuplement caraïbe permanent sur l'île au
cours de cette période, mais on suppose que les Caraïbes s'y
installaient de temps en temps. En 1624, un rapport indique qu'il n'y
avait pas d'Amérindiens ni d'Espagnols sur l'île et qu'elle
était déserte, un refuge pour les nombreux pirates anglais,
hollandais, irlandais et français qui écumaient la mer caraïbe.
En 1624, quatorze Français trouvèrent refuge dans le nord-est
de l'île, où ils cultivèrent le tabac et ramassèrent
du sel, après avoir été chassés de St. Christophe.
En 1631, un groupe de Hollandais accompagnés de 40 noirs ramassa
du sel dans la région de la Grand' Baie et furent chassés
par les Espagnols en 1633.
Quoique l'île fût officiellement entre les mains du Roi d'Espagne
depuis 1493, le premier peuplement espagnol ne dura que 10 ans de 1638
à 1648. Les Espagnols construisirent un fort et y installèrent
une garnison, occupant la partie sud de l'île. Ils abandonnèrent
l'île en 1648 et ils ramenèrent des ouvriers non qualifiés
de leur colonie à Porto Rico pour détruire le fort.
1648-1764 : Les guerres coloniales
Après la signature du Traité de Partage le 23 mars 1648,
le Gouverneur français de St. Christophe acheta St. Martin, St.
Barthélemy et quelques autres îles en 1651 pour le compte
de l'Ordre de Malte, un ordre militaire et religieux, qui s'appelait également
Ordre de St. Jean de Jérusalem.
Il n'y avait aucun recensement de la population au cours de deux premières
années de colonisation française, mais selon l'historien,
le Père Du Tertre, on comptait 150 Français sous M. de Poincy
et 300 sous M. de Salles, c'est –à-dire de 1651 1665.
L'île subit ruine et désolation pendant toute la période
des guerres maritimes et coloniales de la France, ce qui entrava considérablement
son peuplement jusqu'en 1764.
1672-1678 : La Guerre de Hollande. St. Martin était occupé
par les Anglais. Les Français reprirent l'île à la
Paix de Nimègue en 1678, quoiqu'ils n'eussent pas les moyens d'assurer
sa défense.
1687-1697 : La Guerre de la Ligue d'Augsbourg. C'est pour cette raison
qu'en 1689 les habitants de St. Martin furent évacués sur
St. Christophe lorsque les Français et les Anglais s'affrontèrent
sur la mer caraïbe pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg. En
1687, on comptait 720 blancs, 278 noirs et 1 Caraïbe libre. Ils n'y
restèrent pas longtemps, car les Anglais s'emparèrent de
St. Christophe en 1690 et ils durent regagner leur île. St. Christophe
fut restitué à la France en 1697 à la Paix de Ryswick,
mais fut repris par les Anglais en 1702.
1701-1713:La Guerre de Succession d'Espagne. En 1703, le Gouverneur hollandais
de St. Eustache fit chasser les Français de St. Martin. L'île
entière fut ainsi occupée par les Hollandais jusqu'en 1706,
date à laquelle la partie nord fut reconquise par un corps expéditionnaire
français .
Entre-temps le 6 août 1704, une ordonnance royale confirmait les
"50 pas du Roy" (une bande côtière de 81.20 mètres
de large) dans les colonies françaises d'Amérique, réservés
à la sécurité militaire et à la défense
des côtes. Mais St. Martin n'était pas sous domination française
et cette ordonnance n'a jamais été appliquée. Les
limites de toutes les concessions longeaient le rivage et étaient
propriété privée.
1706-1744 : Période de calme. St. Martin traversa une période
de stabilité provisoire quoique la France dût céder
St. Christophe aux Anglais en 1713, la sécurité de St. Martin
fut de ce fait menacée.
1740-1748 : La Guerre de Succession d' Autriche. St. Martin fut repris
par un petit détachement anglais venu d'Anguille. Les Français
prirent refuge en partie hollandaise. Ils furent livrés à
l'ennemi et leurs biens pillés.
Après chaque guerre, les colons de la partie hollandaise ainsi
que ceux de l'île anglaise d'Anguille construisirent des cabanes
de paille pour leurs esclaves et ouvrirent des défrichés
sur la partie française.
St; Christophe fut restitué à la France en 1748 au Traité
d'Aix-la-Chapelle.
1756-1763 : La Guerre de Sept ans. St. Martin fut à nouveau occupé
par les Anglais d'Anguille de 1744à 1764; Quoique St. Martin et
St. Barthélemy ne furent pas mentionnés dans le Traité
de Paris en 1763, le gouvernement de la Guadeloupe réclama ces
îles aux Anglais d'Anguille.
C'est à cette époque que le gouverneur hollandais proposa
à l' Intendant de la Martinique d'acheter la partie française
pour cent mille piastres, mais le gouverneur de la Guadeloupe fit demander
aux Anglais de remettre l'île, ce qu'ils firent sans difficulté.
1764-1848 : Croissance démographique et début du travail
rémunéré
Au cours de la période précédente, St. Martin fut
successivement administré par:
- La Compagnie de St. Christophe de 1635 à 1636
- La Compagnie des Iles d'Amérique de 1636 à 1651
- La Compagnie de Malte de 1651 à 1674
- Le Domaine Royal en France et rattaché au gouvernement de la
Guadeloupe
En 1764, même si St. Marin fut rattaché au gouvernement de
la Guadeloupe, l'autorité de la Guadeloupe se faisait à
peine sentir. En raison des dévastations de guerre, il n'y avait
ni garnison sur l'île, ni commandant, de 1713 à 1763, lorsque
M. Descoudrelles, un très dynamique commandant fut nommé
à St. Martin et St. Barthélemy directement par la cour royale.
En 1764, on comptait 350 noirs, 40 blancs dont 10 ou 11 Français
ou de descendance française, les autres étaient irlandais,
italiens, hollandais et anglais. La population blanche et noire a considérablement
augmenté jusqu'en 1786. En 1766, on comptait 772 noirs, ce qui
signifie que la population noire a doublé en deux ans, et la population
s'est multipliée par six, passant ainsi de 40 à 251. Elle
atteint 431 en 1786, trois ans avant la révolution française,
puis elle a baissé à 300 au tournant du siècle (1800).
Entre-temps, la population noire a progressivement augmenté de
2572 en 1786 à 2940 en 1818. En 1848, on comptait environ 3000
noirs et 300 blancs, les blancs formant 10% de la population totale. Lorsque
l'esclavage fut aboli en 1848, les statistiques démographiques
ne dénombrent plus séparément les races.
La prospérité de cette période fut en partie due
au dynamisme du Gouverneur Descoudrelles qui eut la grande idée
d'accorder des concessions aux étrangers plus nombreux sur l'île.
Il reçut l'ordre par le Gouverneur de la Guadeloupe, Chevalier
de Bourlamaque, de n'accorder des concessions qu'aux étrangers
qui avaient été propriétaires terriens à St.
Martin pendant l'occupation française avant la Guerre des Sept
Ans.
L'accroissement de la population est directement lié au développement
de l'agriculture, favorisé par les sols fertiles à Marigot,
Colombier, Quartier d'Orléans et Cul de Sac hollandais, qui ont
permis le développement des sucreries, l'exploitation des salines
de Grand-Case, Chevrise et Orléans, l'élevage de bétail,
la culture du coton, et plus particulièrement le travail forcé
des noirs. Sans eux, ce développement économique n'aurait
pas été possible.
La tentative de peuplement français n'avait pas été
une réussite à St. Martin. A la signature du Traité
de Paris en 1763, lorsque la France devait remettre quelques îles
de la Caraïbe à l'Angleterre (Ste Lucie, Dominique, St. Vincent,
les Grenadines), les colons français de ces îles, augmentèrent
momentanément la population blanche de St. Martin, mais sans esclaves,
ils ne pouvaient travailler. Il était d'usage que lorsque les colons
étaient chassés d'une île, les esclaves restaient
en possession des nouveaux colons. Il en était de même lorsque
St. Martin changeait de mains des Français aux Anglais ou Hollandais,
l'élément permanent sur l'île fut toujours la population
noire qui n'avait pas de statut civil. Pourtant, en êtres humains
on peut les considérer comme l'élément stable dans
la croissance démographique.
Dans un rapport officiel qui datait d'octobre 1764, Descoudrelles précisait:
Presque tous [les colons français] étaient hors d'état
de pourvoir à leur première subsistance. Je fus donc obligé
de leur faire des avances dont j'ai perdu la meilleure partie parce que
la plupart sont repartis sans avoir travaillé.
Le Commandant Descoudrelles accorda des concessions aux planteurs anglais
puisqu'ils constituaient l'essentiel de la population avec les noirs.
Ils devaient payer une taxe de 1 piastre gourde par carré de terre
acheté et 1 piastre gourde par ouvrier âgé de 14 ans
à 60 ans. Tous les propriétaires étrangers étaient
tenus de prêter allégeance au Roi de France et d'adresser
au Domaine Royal une déclaration détaillée de leurs
possessions. Par ailleurs, le petit nombre de Français sur l'île
s'explique également par le fait qu'après chaque guerre,
les Anglais pillaient et brûlaient leurs biens avant de les expulser.
Ainsi, ils ne s'y trouvaient point en sécurité.
En 1769, les planteurs anglais et hollandais possédaient la plus
grande partie des terres. Il y avait 2 plantations de canne à sucre
où 350 noirs travaillaient sans rémunération. Lors
d'une de ses inspections à St. Martin en 1769, le gouverneur de
la Guadeloupe, le Comte d'Ennery, décida d'accorder davantage de
concessions aux étrangers afin de développer la partie française.
De nombreux planteurs établis en partie hollandaise étaient
des planteurs d'Anguille, ainsi ils saisirent l'occasion d'augmenter leurs
possessions en acceptant ces concessions, et ainsi devenir propriétaires
en partie française. Par conséquent, les planteurs anglais
d'Anguille possédaient des terres, à la fois en partie française
et hollandaise et leurs ouvriers noirs travaillaient sur les deux parties
de l'île lorsque c'était nécessaire. Ces planteurs
de la partie hollandaise avaient manifesté leur solidarité
envers les quelques français qui étaient venus sans ouvriers
en leur passant des ouvriers de leurs plantations. C'est ainsi que St.
Martin a eu une population noire et blanche parlant Anglais sur les deux
parties de l'île.
La répartition des terres était plutôt équitable:
aucune grande propriété et la possibilité pour les
noirs de cultiver leur lopin de terre le samedi pour subvenir à
leurs besoins. En fait, c'était une coutume chez les Hollandais
de permettre aux noirs de cultiver un lopin de terre pour nourrir leur
famille. Cette coutume fut largement appliquée en partie hollandaise,
ce qui explique pourquoi la plupart des noirs étaient propriétaires
de leur lopin de terre.
Vers 1778, les Anglais reprirent possession de St. Martin et le 25 février
1779, un accord ou capitulation fut conclu entre le Chevalier de Troleng
Durumain, Capitaine de la Lively, une frégate du Roi de France,
et l'honorable John Fahie, président de la partie française
pour Sa Majesté, Roi d'Angleterre. Le fort, les batteries et entrepôts
devaient être remis aux mains de M. Duzant, major de la milice,
nommé Commandant de la partie française pour le Roi de France
jusqu'à l'arrivée d'un autre Commandant nommé par
les Généraux des Iles-au- Vent françaises d'Amérique.
Le serment d'allégeance payé au Roi d'Angleterre par les
planteurs fut levé.
En 1789, St. Martin avait un gouverneur, un fort qui fut construit en
1767 et une milice constituée par les habitants pour exécuter
les ordres du gouverneur et assurer des services de police et de sécurité.
C'était une sorte de gouvernement militaire sans garnison.
En 1844, la pratique, consistant à payer les noirs pour leurs service,
fut également initiée par le Commandant de Marine François
Perrinon, un mulâtre de la Martinique. Il avait obtenu la concession
des salines à St. Martin, a fait travailler côte à
côte les esclaves et les noirs libres dans l'industrie du ramassage
du sel. Il n'a fait usage d'aucune forme de châtiment corporel,
a traité ces ouvriers avec humanité et leur a payé
leur salaire avec régularité. Dans son Histoire de l'Esclavage
pendant les deux dernières années (tome II), Victor Schoelcher
a rapporté les commentaires suivants :
Ce fait significatif, "dont on chercherait vainement à détruire
la portée par des motifs d'exception, montre déjà,
dit M. Perrinon, qu'avec un peu de bon vouloir, les colons trouveront,
après l'émancipation, des libres pour cultiver leurs habitations
s'ils consentent à les payer équitablement et surtout à
les traiter avec égard."
Ce témoignage reflète le type de relation de travail qui
existait déjà sur les salines grâce à François
Auguste Perrinon, avant l'abolition officielle de l'esclavage en 1848.
Daniella JEFFRY
Période révolutionnaire
6 mai 1790: La Marche sur Grand' Baie
Le commandant Salomon Gibbes de la partie hollandaise était au
pouvoir jusqu'en janvier 1790, lorsque la Compagnie des Indes Occidentales
des Pays-Bas le força à donner sa démission. Le 12
février 1790, Dr. Willem Rink, avocat hollandais, fut nommé
Commandant à sa place, mais il n'entra en fonctions que le 10 juin
1790. Entre-temps, environ un mois plus tôt le 6 mai, il se produisit
un incident à Grand' Baie.
Un Français, Barthélemy Curet, Secrétaire-Officier
d'Etat Civil de la partie française, fut jeté en prison
parce qu'il s'était endetté auprès d'un commerçant
de Grand' Baie, M. Runnels. Le lendemain, 7 mai, une foule de 20 à
25 personnes, dont quelques soldats, marchèrent de Marigot à
Grand' Baie à enseignes déployées et au son des tambours
dans le but de remettre au Commandant Gibbes, qui était encore
en fonctions, une lettre provenant du Commandant français Descoudrelles.
La lettre demandait la libération de Barthélemy Curet.
Cependant, le Commandant Descoudrelles avait recommandé aux messagers
d'attendre après la remise de la lettre afin de permettre au Commandant
Gibbes de convoquer une réunion du Conseil pour statuer sur cette
affaire.
Les choses se sont passées très différemment. Immédiatement
après la remise de la lettre, la foule a quitté le domicile
du Commandant Gibbes où se trouvait son bureau et s'est mise en
route vers la prison. Ils ont emporté Curet, ainsi qu'un autre
prisonnier, et ont tous en triomphe repris le chemin du retour en direction
de Marigot.
Il y avait deux prisons, une à Fort Amsterdam et l'autre à
Grand' Baie, toutes deux en mauvais état, sans gardien permanent,
ce qui a facilité la délivrance de Curet par la foule.
Cet incident, toutefois, fut immédiatement condamné par
le Commandant français. Le major de la milice, ainsi que quelques
30 résidents y compris Curet, signèrent une lettre d'excuses
en référence à l'incident.
Cette lettre en date du 28 mai 1790 précisait que l'incident était
motivé par le tumulte révolutionnaire qui agitait les esprits
dans tout l'Empire français. Ils promettaient aux Hollandais de
relâcher un certain Andrew Weare qui était incarcéré
à Marigot. Ils recommandaient que Bathélemy Curet règle
le litiige en proposant des dispositions pour rembourser sa dette à
M. Runnels. Finalement ils ont exprimé le souhait que les Commissaires
de la Guadeloupe scellent cette paix par un accord écrit en vue
de mettre fin à la division entre les deux parties.
Cette réunion eut lieu dans l'Eglise Catholique à Marigot.
Nouvelle tentative pour acheter la partie française
Les colonies hollandaises appartenaient encore à la Compagnie
des Indes Occidentales des Pays-Bas jusqu'à la fin du mois de décembre
1791, lorsque la compagnie fut dissoute. Ainsi le Parlement des Pays-Bas
acheta les îles. La situation économique de la partie hollandaise
était très satisfaisante. La production de sel de 1789/1790
a permis au gouvernement de recouvrir un impôt de 3 pennies par
barrique de sel exporté. le Gouverneur Rink était en mesure
de régler toutes les dettes publiques immédiatement.
En 1790, le Gouverneur Rink comprit qu'il était nécessaire
de former des personnes nées sur l'île comme administrateurs
afin d'occuper ces postes au gouvernement et dans l'administration de
la justice, ainsi il réclama un enseignant expérimenté
qui parlait Hollandais et Anglais, et en 1791 arriva d'Amsterdam le premier
enseignant, Andries Vis.
A cette époque la partie hollandaise possédait déjà
un système administratif bien structuré, beaucoup plus avancé
que la partie française, et elle disposait également d'une
garnison de 250 hommes. La population était plus grande, plus de
600 blancs et 3500 noirs.
Les affaires civiles et criminelles furent jugées par un Conseil
composé du Gouverneur, du secrétaire, du capitaine Civil
et de six membres du Conseil. Un huissier de justice exécutait
les jugements prononcés par ce tribunal. Tous les délits
furent punis par des amendes, qui formaient une partie du revenu du gouverneur.
Lorsque ces amendes dépassaient un certain montant, c'est le Conseil
qui devait statuer.
la plupart des planteurs furent Anglais et la langue et les coutumes
anglaises étaient partagées par les habitants des deux parties
de l'île. L'influence du gouvernement hollandais se faisait à
peine sentir, et les planteurs étaient froissés lorsqu'on
les appelait Hollandais. Il y avait seulement deux villes principales,
Grand' Baie avec environ 300 maisons et Simpsonbay avec environ 90 maisons,
dont la plupart habitées par des pêcheurs. Le nom Philipsburg
ne s'utilisait que dans les documents légaux et administratifs
parfois.
Le Lagon de Simpsonbay servait de lien commercial entre les parties hollandaise
et française. Il ne produisait pas de sel en raison de son accès
avec la mer. C'était une voie de communication très pratique
pour ces commerçants dont les magasins longeaient ses rives; Il
servait également de refuge pour les bateaux.
La partie française fut particulièrement convoitée
par les Anglais d'Anguille et par les officiels de la partie hollandaise.
Les nombreuses invasions subies par la partie française sans protection
expliquaient pourquoi les Anglais et les Hollandais désiraient
posséder cette partie. La négligence de cette partie par
les Français, et son manque de défense l'avait fait la proie
de ses voisins.
Déjà en 1763 après le Traité de Paris, le
gouverneur de St. Eustache avait fait une proposition à M. de la
Rivière, Intendant de la Martinique, lui demandant de faciliter
son achat de la partie française; Il offrait 100 000 piatres en
con nom personnel avec d'autres associés, et non au nom de la Compagnie
des indes Occidentales des Pays-Bas. Plus tard, il ajouta 10 000 piastres,
mais l'offre ne fut pas retenue.
A cette époque, la partie française n'était d'aucun
intérêt pour le gouvernement de la Guadeloupe. tandis que
la partie hollandaise était d'un grand intérêt pour
la Compagnie des Indes Occidentales des Pays-Bas, car elle avait besoin
de 'étendre ses possessions en raison du commerce prospère
de St. Eustache. En fait, les possessions hollandaises de Saba et de St;
Eustache étaient réputées pour leurs installations
de négoce en temps de guerre, et toutes les terres étaient
déjà concédées dans ces colonies.
En temps de paix, les nombreux commerçants et négociants
de St. Eustache n'avaient rien à faire, ainsi l'achat de la partie
française par des acheteurs hollandais leur auraient permis de
doubler leur capital, uniquement avec la vente aux négociants des
terres de la partie française – qui étaient de meilleure
qualité que celles de la partie hollandaise.
Considérant ces conjectures, le gouvernement de la Guadeloupe
n'a pas honoré l'offre d'achat, car il estimait que le prix était
trop bas, en comparaison de l'énorme bénéfice que
les acheteurs tireraient de cette acquisition ultérieurement.
Une des raisons pour laquelle le gouvernement de la Guadeloupe aurait
vendu la partie française si l'offre était acceptable était
la dure concurrence du négoce pour St. Martin, créée
par St. Eustache en temps de paix. Et en temps de guerre, le fait que
le gouvernement de la Guadeloupe n'avait pas les moyens d'assurer une
défense adéquate pour St. Martin, sous la forme d'une garnison
permanente et d'un fort convenablement construit. Par ailleurs, les îles
françaises étaient trop distantes pour assurer l'approvisionnement
des habitants de St. Martin ou pour les délivrer de l'ennemi.
La Guerre de Sept Ans (1756-1763) avait démontré que la
France ne pouvait pas garder les deux possessions de St. Martin et de
St. Barthélemy. En effet, St. Barthélemy fut vendu au Roi
de Suède en 1784. Les invasions anglaises constituaient une sérieuse
menace pour la partie française, en raison de la proximité
de St; Eustache et des nombreuses ressources que cette île produisait
en temps de guerre. Les Français auraient préféré
céder la partie française au Parlement des Pays-Bas plutôt
qu'aux Anglais, en échange d'une indemnité substantielle.
Une autre raison était que le gouvernement de la Guadeloupe ne
voulait pas dépenser pour établir une milice dans le but
de défendre un petit groupe de planteurs étrangers. Le seul
officiel rémunéré fut le Commandant, et les planteurs
pouvaient à peine maintenir un prêtre pour les deux îles.
En 1790 aucune décision n'était prise de vendre la partie
française puisque la plupart des terres furent concédées
et vendues et les bénéfices iraient aux propriétaires.
Les révolutionnaires français : 1793-1802
En 1793, les Hollandais furent particulièrement soucieux des événements
de Paris et de l'éventuelle invasion de la partie française
par les révolutionnaires français, ce qui menacerait également
leur sécurité. Saisissant l'occasion de l'état de
guerre entre la France et les Pays-Bas, le Lieutenant de la Défense
Civile, âgé de 28 ans, Abraham Heyliger, à l'insu
de son supérieur, le Capitaine de la Défense Civile et du
Commandant Rink, a secrètement envahi Marigot accompagné
de Engle James Richardson, Johan Willem Worm et 19 citoyens armés
dans la nuit du 18 au 19 mai, après avoir emprunté les sentiers
à travers les collines. Ils prirent possession du Fort St. Louis,
hissèrent le drapeau hollandais au lever du soleil et donna au
fort le nom de Willem Frederick, dont le père devint le Roi Willem
I.
Stupéfaits, le Commandant Rink et le Capitaine de la Défense
Civile devaient accepter et supporter cette démarche. Accompagnées
de quelques citoyens, militaires et hommes de couleur libres, ils se sont
tous rendus à pied à Marigot, mais De Durat avait déjà
capitulé à condition de ne rien changer. Les termes de la
capitulation furent scellés dans un document signé par De
Durat et 36 citoyens. De Durant capitula dans le but de renforcer sa position
contre les révolutionnaires français. Apparemment De Durat
était royaliste et craignait l'invasion des révolutionnaires,
qui se trouvaient déjà en Guadeloupe.
Rink prit possession de la partie française au nom du Parlement
des Pays-Bas sans l'annexer et De Durat prêta allégeance
à cette autorité, ainsi que 116 personnes. La partie française
restait administrativement séparée de la partie française
mais Rink nomma un commandant et deux commissaires à Marigot.
L'Arbre de la Liberté
En 1795, les Provinces Unies des Pays-Bas devinrent un état satellite
de la France, la République batave, ainsi les autorités
de la Guadeloupe ont réclamé aux Hollandais la partie française.
Rink replia son occupation le dimanche 5 avril 1795. Immédiatement
après, le 19 avril 1795, les révolutionnaires arrivèrent
de la Guadeloupe.
La Bruyère fut nommé sur le poste d'administrateur de la
partie française et Conseil, un officier de marine, sur le poste
de commandant militaire par Victor Hugues posté en Guadeloupe.
Ils confisquèrent les biens de 21 planteurs anglais sur un total
de 35 et ceux de 16 Français, qui furent déportés
en Guadeloupe. Ils proclamèrent la libération de tous les
esclaves. En 1798 sous le Directoire, l'esclavage fut rétabli.
Les révolutionnaires français occupèrent également
la partie hollandaise et plantèrent l'arbre de la liberté
devant le Palais de Justice qui servait également d'Hôtel
de Ville. Ils contrôlaient les deux parties de l'île jusqu'en
1801.
Invasion anglaise répétée : 1801-1814
Six ans plus tard, le 24 mars 1801, 3300 Anglais ont débarqué
sur la plage de Little Bay, sans rencontrer d'opposition. En 1795, les
Français avaient construit sur les hauteurs un fort où ils
avaient placé 2 canons (Fort Hill), qu'ils ont appelé Bel-Air
dans le but de mieux contrôler les deux baies, Little Bay et Grand'
Baie. Toutefois, le fort était trop élevé et la portée
des canons tombait dans la mer au-delà des troupes britanniques.
Les révolutionnaires français se replièrent et Rink
partit pour les Pays-Bas.
Un an plus tard au Traité d' Amiens en 1802, la France récupéra
la partie française. Les Anglais quittèrent l'île
le 1er décembre 1802 et Rink, de retour des Pays-Bas, accepta le
poste de gouverneur, rémunéré désormais, et
fut octroyé le grade de Lieutenant.
En mai 1808, 200 Anglais envahirent la partie française par Grand-Case
et Marigot et, avec l'aide des Hollandais, en conformité avec l'article
7 du Traité de 1648, ils réussirent à opposer une
bonne défense.
En 1810, les Anglais occupaient St. Martin et la Guadeloupe encore une
fois jusqu'en 1814.
Au cours de cette période d'occupation répétée
des Anglais et des Hollandais, de batailles et de dévastation,
seuls les colons français devaient fuir et retourner par la suite.
Les esclaves, eux, restaient sur l'île au service de la nation conquérante,
hollandaise ou anglaise.
Daniella JEFFRY
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